David Lachapelle : rétrospective ou opération marketing ?

Une soixantaine de photographies réparties dans moins de dix salles. C’est le travail de toute une vie, celle de David Lachapelle, qui est concentré au musée de la monnaie de Paris jusqu’au 31 mai. Le photographe surréaliste, admiré et décrié outre atlantique pose ses valises en France. Il nous offre, dans une rétrospective extrêmement médiatisée, un résumé un peu court des séries qui ont contribuées à sa notoriété.
Les Français ne s’intéressent pas à la culture. C’est ce qu’on entend régulièrement. Mais, à en voir la file de touristes qui piétine, vendredi à 19h00, dans la cour du musée de la monnaie de Paris, on a du mal à y croire. Qui aurait pu imaginer qu’ils soient si nombreux à venir admirer l’exposition de David Lachapelle ? La renommée international du photographe américain, la promotion omniprésente de l’exposition dans la capitale ou la curiosité qui plane autour des œuvres de cet artiste controversé les auront motivé à braver le froid après une longue semaine de travail. Mais cela en vaut-il seulement la peine ?
Après 20 minutes d’attentes on franchit les portes et on plonge dans un autre monde. Dans l’architecture et la décoration classique du musée de la monnaie de Paris, les œuvres de David Lachapelle explosent les normes visuelles et capturent le regard du visiteur. Du rouge sang, de l’or, du rose. Les couleurs vives et chatoyantes sautent directement à l’œil. Dans la première salle, l’artiste nous révèle les principales œuvres de sa dernière série : Déluge. On aime ou on n’aime pas, pour peu qu’on soit ou non sensible au travail de cet iconoclaste. Mais on ne peut pas rester indifférent devant le remake de l’arche de Noé, inspiré du tableau de Michel-Ange à la Chapelle Sixtine. De longues minutes s’écoulent à observer les détails qui foisonnent sur les clichés sans pour autant percer les mystères de David Lachapelle.
Beau mais court
L’ironie et la poésie reviennent fréquemment sur les toiles. L’ironie d’abord, avec cet homme attaché et entouré par une pléiade de poupées Barbie portant le tchador et la burka. Une sorte de Gulliver moderne. La poésie ensuite, avec un musée envahi par les flots. Comme la protection naturelle et divine des œuvres culturelles contre une société de consommation de masse, plus encline à accumuler le savoir qu’à le protéger. Ou l’image d’un noyé, flottant entre deux eaux, ne sachant s’il va couler à pic dans les abîmes ou s’élever vers le ciel. Devant ces images, l’esprit décolle et le rêve peut commencer. Un rêve tout en couleur, où les corps, retouchés, apparaissent sans défaut. On oublie rapidement qu’il s’agit de photographies.
Tout le monde trouve son plaisir dans cette rétrospective surréaliste. Le beau côtoie le laid. Le christ est le voisin d’un transsexuel shooté aux diamants. Monsieur Tout-le-monde pose à coté des stars de ce monde. Les séries se suivent mais ne se ressemblent pas. Des photos suscitent la tristesse dans une petite salle blanc-gris. Une fresque gigantesque étale ses couleurs chaudes dans une grande chambre rouge. Pas de doute, l’artiste a le sens de la mise en scène…mais pas du suspens ! La soixantaine de photographie défile tout de même rapidement. Arrivé dehors, on se demande si on n’a pas oublié une salle. Un peu court pour une rétrospective sensée retracer 23 ans de carrière. Le visiteur peut toutefois jouer les prolongations dans la librairie du musée. On y découvre tous les autres clichés de l’artiste au format carte postale. Pour quelques euros, on peut repartir avec une image signée David Lachapelle.
Si l’hypothèse selon laquelle les Français ne sont pas sensibles à la culture est erronée, l’idée d’une culture devenue un bien de consommation comme un autre n’a, cependant, jamais été aussi vrai.
Source photo : cupcake.fr, materialiste.com