Quoi de neuf dans le monde ? 2/5 : La colère gronde dans l’Himalaya
Il aura fallu moins d’un an pour voir les maoïstes redescendre dans les rues de Katmandou. La démission, lundi 4 mai, du Premier ministre népalais issu de la guérilla maoïste, Pushpa Kamal Dahal, surnommé « Pranchanda », a ravivé ses militants. Le départ du chef du gouvernement survient après plusieurs jours de bras de fer avec le président, Ram Baran Yadav, concernant le limogeage du chef de l'armée de terre.
Accusé d’insubordination, le général Roop Mangud Katawal a été limogé, dimanche 3 mai, par le Premier ministre. Il l’accuse de ne pas avoir respecté l'accord de paix signé en 2006, prévoyant l’intégration des anciens combattants rebelles dans l'armée nationale. Selon Prachanda, il s’agirait de quelque 19 000 guérilleros démobilisés de l'Armée populaire de libération (APL). Les conditions de cette intégration n'ont jamais été précisément définies, un flou juridique exploité par la haute hiérarchie militaire pour freiner l'absorption dans ses rangs des ex-rebelles.
Le président népalais s’est aussitôt opposé à la décision de son Premier ministre et a ordonné au général Katawal de « continuer de servir à [son] poste ». Une prise de position jugée « anticonstitutionnelle et non démocratique » pour les Maoïstes. « Le président viole les dispositions de la Constitution. Cette décision met en péril le processus de paix », a déclaré Krishna Bahadur Mahara, porte-parole des maoïstes et ministre de l'Information. Chef du Parti communiste népalais-maoïste (PCN-M), Prachanda était arrivé à la tête du gouvernement de coalition en août 2008, quatre mois après la victoire électorale de l'ex-guérilla qui avait enlevé le tiers des sièges de l'Assemblée constituante.
Les Maoïstes sont aujourd’hui victime d'une institution qu'ils ont eux-mêmes contribué à créer. En échange de leur intégration dans le gouvernement, les anciens guérilléros ont fait pression en juin 2008 pour l’abolition de la monarchie, vieille de 240 ans. En claquant la porte du gouvernement, Prachanda, laisse incertain l’avenir de « la jeune république ». Le petit Etat himalayen – coincé entre l'Inde et la Chine – est sorti en 2006 de dix ans de guerre civile entre l'armée et les rebelles maoïstes. Le conflit avait coûté la vie à 13 000 personnes.
Source photo : L’Express