Quoi de neuf dans le monde ? 4/5 : 2 jours et 3 hommes pour changer la situation au Pakistan
L’union fait la force. Barack Obama l’a bien compris. Le président américain a reçu à la Maison Blanche, mercredi 6 et jeudi 7 mai, ses homologues pakistanais, Asif Ali Zardari et afghans, Hamid Karzaï. Inquiet de la progression des talibans dans les zones tribales pakistanaises frontalières avec l'Afghanistan, Washington a demandé aux deux chefs d’Etat d'intensifier leur lutte contre les talibans. Une initiative « historique » selon l'envoyé spécial américain pour l'Afghanistan et le Pakistan, Richard Holbrooke. L’objectif de ce mini sommet tripartite est de trouver la voie d’une meilleure coopération dans la lutte contre le terrorisme. « Le président est profondément préoccupé par la situation sécuritaire », a expliqué le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs.
Durant ces deux jours, le président américain a pu développer sa politique Afpak (Afghanistan-Pakistan) présentée fin mars au Congrès. L’objectif de cette « doctrine Obama » est de rassembler autour d'un objectif commun les héritiers d'une longue inimitié. Elle repose sur la coopération des deux pays aux frontières, mais aussi dans les secteurs commercial et agricole. La secrétaire d’Etat américaine, Hilary Clinton, a annoncé, jeudi 7 mai, que les deux pays avaient approuvé un protocole d'accord dans lequel ils s'engagent à conclure un accord commercial d'ici à la fin de l'année. « Nous avons fait de ceci une cause commune, parce que nous sommes confrontés à un ennemi commun » a déclaré l’ex first lady.
Dépassant les « vieilles suspicions », MM Zardari et Karzaï ont affirmé leur soutien mutuel face à la menace terroriste. « Ma démocratie se montrera à la hauteur, le peuple pakistanais se tiendra aux côtés du peuple américain et du peuple afghan », a déclaré Asif Ali Zardari, veuf de Benazir Bhutto. « Pakistan et Afghanistan sont des frères siamois. Je demande à nos frères et sœurs du Pakistan de compter sur nous : l'Afghanistan fera tout son possible pour apporter la paix et la prospérité à nos deux pays. », a affirmé le dirigeant afghan. Des déclarations qui rassure Barack Obama sur les intentions de ses invités. « Je suis heureux que ces deux hommes mesurent totalement la gravité de la menace à laquelle nous sommes confrontés et aient réaffirmé leur engagement à y faire face », a délcaré le président, insistant sur le caractère commun de la menace pour les trois pays.
Renforcement de l'aide américaine au Pakistan
De son coté, les Etats-Unis ont promis l’envoi de 21 000 hommes supplémentaires en Afghanistan cette année. Mme Clinton a réclamé 497 millions de dollars (environ 374 millions d'euros) en fonds d'urgence pour les forces de l'ordre et les réfugiés. Le ministre de la défense, Robert Gates, a demandé 400 millions pour des équipements militaires. Au Sénat, le président de la commission des affaires étrangères, John Kerry, et son collègue républicain, Richard Lugar, ont présenté un plan d'aide non-militaire de 7,5 milliards de dollars. Ces mesures devraient aider le Pakistan dans sa lutte contre les talibans, de plus en plus présents sur le territoire.
Ce sommet a aussi été l’occasion de s’assurer de la bonne volonté des deux pays participant, et surtout celle du Pakistan, à lutter contre le terrorisme. Encore récemment, l'administration Obama soupçonnait publiquement le gouvernement pakistanais de capituler devant les extrémistes. Mais avec la contre-offensive de l'armée pakistanaise, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton s'est dite « impressionnée par les actions entreprises par le gouvernement pakistanais ». Cette alliance va permettre de mieux coordonner les opérations des Etats-Unis qui disposent de 45 000 soldats en Afghanistan mais souffre par son absence au Pakistan.

Un extrémisme larvé
Le Pakistan est en proie à une talibanisation latente selon les observateurs internationaux. « L’extrémisme se propage de façon telle qu'il peut désormais envisager de renverser le pouvoir en place », avertit le journaliste pakistanais et consultant d'Obama, Ahmed Rashid, dans son livre Le retour des talibans. Le groupe d’extrémistes religieux a investi le nord-ouest du pays, la vallée du Swat. En début de semaine, Hillary Clinton tirait la sonnette d’alarme en annonçant la présence de talibans à moins de 100 km de la capitale, Islamabad. Les Etats-Unis redoutent de voir l’arsenal nucléaire pakistanais tomber dans les mains des terroristes et intensifient leurs bombardements sur la région, au détriment des civils.
La secrétaire d’Etat américaine s'est d’ailleurs déclarée « profondément désolée » par la mort de civils innocents. Des humanitaires ont annoncé qu’une centaine de civils dont une majorité de femmes et d’enfants ont trouvé la mort suite au bombardement d’une ville conquise par les talibans. Le gouvernement estime que le nombre de réfugiés pourrait atteindre un demi-million. Le sommet, clôturé jeudi 7 mai, permettra sans doute une gestion commune de la question des civils. Un nouveau sommet est prévu entre les Etats-Unis, le Pakistan et l’Afghanistan, après le 20 août, date de l’élection présidentielle afghane.
Source photo : TSR.ch, the Telegraph